Le droit d’alerte et de retrait : Un outil essentiel, mais encadré
Le droit d’alerte et de retrait, inscrit dans le Code du travail, permet aux salariés et aux représentants du personnel de signaler une situation présentant un danger grave et imminent pour la santé ou la sécurité. Lorsqu’un représentant du CSE constate un tel risque, il doit alerter l’employeur et demander une enquête immédiate.
Toutefois, il arrive que l’employeur et les représentants du CSE ne parviennent pas à se mettre d’accord sur les mesures à prendre. Dans ce cas, la loi prévoit des procédures spécifiques.
Qui peut saisir le juge en cas de désaccord ?
La décision de la Cour de cassation du 12 février 2025 rappelle que seul l’inspecteur du travail peut saisir le juge judiciaire pour trancher un différend lié à un danger grave et imminent (article L. 4132-4 du Code du travail).
Conséquence immédiate pour les élus du CSE : ils ne peuvent pas directement saisir le juge, même s’ils estiment que l’employeur met en danger la santé des salariés.
Que faire alors ?
- Saisir l’inspection du travail : En cas de désaccord avec l’employeur, il est impératif de solliciter l’intervention de l’inspecteur du travail. Celui-ci pourra enquêter, imposer des mesures correctives ou saisir la justice.
- Utiliser d’autres leviers juridiques : Les élus peuvent néanmoins agir en invoquant l’obligation de sécurité de l’employeur (articles L. 4121-1 et L. 4121-2 du Code du travail) et saisir le juge des référés sous certaines conditions.
L’enquête peut être confiée à un expert libre : un levier d’indépendance pour le CSE
Lorsque le CSE est confronté à une situation de danger grave et imminent, il peut choisir librement un expert afin de garantir l’indépendance et l’impartialité de l’enquête. Cette expertise permet d’évaluer objectivement la situation et d’apporter des éléments concrets pour justifier les alertes du CSE.
Pourquoi un expert libre ?
- Il est choisi directement par le CSE, sans intervention de l’employeur, garantissant ainsi une totale indépendance.
- Il apporte une analyse technique et factuelle de la situation.
- Ses conclusions permettent d’appuyer les actions du CSE et d’informer les autorités compétentes.
Que se passe-t-il si l’employeur conteste les résultats ?
Si l’employeur n’est pas d’accord avec les conclusions de l’expertise mandatée par le CSE, il lui appartient alors de réaliser une contre-enquête avec son propre expert. Les résultats des deux analyses pourront être comparés et confrontés pour établir une vision objective du danger signalé.
Cette démarche permet :
- D’éviter les conflits stériles et d’apporter un débat éclairé sur la réalité du danger.
- D’encadrer la discussion en s’appuyant sur des faits et des observations techniques.
- D’accélérer la mise en place de mesures de prévention si le danger est confirmé.
Quels impacts pour les élus du CSE ?
➡️ Une responsabilité renforcée : Les représentants du personnel doivent agir rapidement et de manière coordonnéeface à une situation de danger.
➡️ Un rôle de vigie essentiel : Même si la saisine du juge leur est fermée, ils restent les premiers acteurs de la prévention des risques professionnels.
➡️ Une meilleure anticipation nécessaire : Pour éviter de se retrouver bloqués face à un employeur réticent, il est essentiel de connaître les recours possibles et de documenter toute situation de danger.
Conclusion : Des leviers d’action à maîtriser
Cette décision rappelle aux élus du Comité Social et Économique l’importance de leur rôle dans la prévention des risques professionnels et la protection des salariés. Si la saisine du juge en cas de désaccord sur un danger grave et imminent leur échappe, ils disposent d’outils efficaces pour agir :
✅ Mobiliser un expert libre pour garantir l’indépendance de l’enquête.
✅ Exiger une contre-enquête en cas de contestation de l’employeur.
✅ Faire appel à l’inspection du travail pour enclencher une procédure officielle.
Anticipez, documentez et mobilisez les bons interlocuteurs pour défendre efficacement la santé et la sécurité des salariés !